La mobilité des enfants est un angle mort des politiques publiques, alors qu’elle structure le quotidien des familles et revêt des enjeux majeurs d’autonomie, d’égalité des chances et de charge logistique pour les parents.
Les communes peuvent jouer un rôle clé en termes d’animation locale + coordination + expérimentation + représentation à l’échelle intercommunale et dans les relations avec l’autorité organisatrice de la mobilité locale ou régionale.
Agir sur la mobilité des enfants, ce n’est pas créer une politique sectorielle supplémentaire. C’est relier entre elles les politiques familiales, éducatives, sportives, de mobilité, d’urbanisme et de santé.
C’est un sujet fédérateur et transpartisan, qui touche toutes les catégories sociales, avec des effets renforcés pour les familles modestes, isolées, monoparentales, nombreuses ou bi-actives.
Constats
- Âge moyen des premiers déplacements seul·e : 12 ans pour aller à l’école, 13 ans pour activités extrascolaires – en recul par rapport aux générations précédentes. Réduction aussi de l’autonomie spatiale (périmètre limité d’exploration) → moins d’opportunités d’apprendre à se repérer, à gérer des imprévus, et à développer la confiance en soi
- Les politiques de mobilité sont traditionnellement pensées autour des flux les plus importants (domicile – travail, domicile – établissement scolaire), or environ 10% des déplacements quotidiens sont motivés par de l’accompagnement (jusqu’à 16-17% dans les aires urbaines denses avec population jeune et familiale) → pour l’accompagnant·e, ce sont des trajets subis, chronophages, peu valorisés… et souvent motorisés
- Les déplacements vers les activités extrascolaires reposent massivement sur les parents → recours à la voiture familiale + charge mentale et saturation des agendas familiaux (« parents-taxi ») + inégalités d’accès aux activités de loisirs (selon disponibilité et ressources parentales)
- La voiture est le principal mode de transport pour les trajets extrascolaires
- 6 parents sur 10 ont déjà renoncé à inscrire leur enfant à une activité (contraintes : fratrie, vie professionnelle, éloignement lieux de pratique
- Temps consacré par les parents à l’accompagnement : 2h40 par semaine
- 79% des salariés parents disent manquer de temps au quotidien
- Temps parental déséquilibré : 3h de temps disponible en moins par semaine pour les mères, par rapport aux pères
- 1 parent sur 3 se sent isolé et peu soutenu : recul de la responsabilité collective envers les enfants et de leur place dans l’espace public (phénomène #No-Kids) + crainte accrue des dangers, réels ou perçus
Un cercle vicieux : plus les enfants sont accompagnés, moins ils apprennent à se déplacer seuls… et plus les parents doivent continuer à les accompagner, perpétuant un système inégalitaire, peu durable et peu émancipateur.
Enjeux
- Enfance et adolescence : développement autonomie, mobilités actives + accès aux loisirs
- Soutien parentalité : baisse charge logistique, équilibre vie pro/perso + logique de co-éducation
- Vitalité associative : prise en compte des réalités familiales + accessibilité, inclusivité et régularité des pratiques sportives, culturelles ou artistiques
- Transition écologique et décarbonation mobilité du quotidien, décongestion et sécurité routière si baisse des trajets d’accompagnement motorisés
- Santé physique et mentale et qualité de l’air grâce à mobilité active (marche ou vélo) ;
- Égalité territoriale et sociale, égalité des genres (temps parental et insertion pro des mères)
- Solidarités de voisinage et lien social / convivialité grâce à mobilité collective et partagée
Chaque enfant devrait pouvoir se déplacer et bénéficier d’un environnement et
d’une culture collective qui soutiennent son autonomie et son accès aux loisirs.
Pistes d’action
Pour redonner aux enfants une capacité réelle de se déplacer
Pas de « solution miracle » unique, mais des briques concrètes activables localement:
💡Repenser l’aménagement urbain
- Redonner une place aux enfants dans la ville : créer des zones piétonnes et cyclables sécurisées autour des écoles et des lieux fréquentés par les enfants, installer du mobilier urbain et de la signalétique adaptés pour que les enfants se réapproprient l’espace public, concevoir les espaces intermédiaires comme terrain de jeu et d’expérimentation, faciliter les dispositifs de « classe dehors », aménager temporairement des « rues aux enfants » …
- Limiter la vitesse des voitures et le trafic de transit en ville et à proximité des lieux fréquentés par les enfants (zones 30 km/h voire 20km/h, plans de circulation en « pétales », superblocks).
- Installer des stationnements adaptés aux triporteurs et aux vélo cargos longtail à proximité des écoles, des centres de loisirs et des équipements sportifs et culturels.
💡Sécuriser et faciliter les trajets
- Assurer la continuité, le jalonnement et l’éclairage de cheminements et itinéraires cyclables séparés du trafic motorisé, notamment entre arrêts de transport et lieux sportifs ou culturels ;
- Elaborer des plans de déplacements des établissements scolaires (PDES) – et extrascolaires – à l’échelle communale ou du quartier, en concertation avec toutes les parties prenantes ;
- Structurer un réseau de relais et refuges (inspiré du dispositif « Demandez Angela ») : formation des commerçants, conducteurs de bus, police municipale, agents d’accueil des équipements sportifs, MJC, bibliothèques… pour accueillir, orienter et aider les enfants ;
- Adapter l’offre de transports en commun : horaires cohérents et desserte de tous les établissements scolaires et équipements sportifs ou culturels, descente à la demande entre deux arrêts de bus après 20h, tarification adaptée et prise en compte du statut d’accompagnant·e ;
- Mettre en place des campagnes de sensibilisation contre les incivilités et violences dans les transports et l’espace public.
💡Éduquer et sensibiliser à la mobilité autonome
- Développer les compétences spatiales et l’apprentissage de la mobilité (lire une carte, savoir utiliser les transports en commun, s’orienter) via des ateliers en école ou en centre de loisirs ;
- Généraliser le Savoir Rouler à Vélo (SRAV) : formation à l’accompagnement pour les parents, enseignants, éducateurs et animateurs, vélos-écoles, mise à disposition de flottes de vélos adaptés, ateliers d’entretien et d’auto-réparation, parkings à vélo sécurisés dans les écoles ;
- Réaliser régulièrement des marches exploratoires avec des enfants, des parents, des éducateurs et des élu·es pour identifier les obstacles (éclairage, sécurité, accessibilité…) ;
- Encourager et faciliter les déplacements en groupe, entre pairs et progressivement non supervisés par des adultes ;
- Rejoindre la dynamique nationale Mobiscol en faveur de l’écomobilité scolaire, organiser des évènements réguliers sur l’autonomie des enfants et les mobilités actives.
💡Agir sur les inégalités
- Subventionner les activités extrascolaires de proximité pour réduire les déplacements longs, inciter les structures à mieux prendre en compte les réalités familiales et les difficultés de transport, encourager la diversité de l’offre péri- et extrascolaire locale.
- Développer des espaces publics inclusifs dans tous les quartiers, adapter les lieux d’accueil jeunesse et les halls des équipements sportifs sur le modèle de micro – tiers lieux ;
- Aider à l’acquisition d’équipements individuels (vélo, antivol, casque, gilet réfléchissant, trottinette…) pour les enfants issus de familles à bas revenus, favoriser l’accès des familles à des vélos-cargos via des dispositifs de prêt ou location solidaire;
💡Soutenir la parentalité de manière pragmatique via des solutions collectives ou mutualisées
- Impulser et soutenir les pédibus et vélobus, les bus scolaires à pédales / rosalie / cyclo-bus ;
- Encourager et pérenniser des services mutualisés (organisation collective inter-familles plutôt que gestion individuelle), accompagnement collectif, ramassage extrascolaire vers gros attracteurs (piscine, école de musique, complexes sportifs…), covoiturages organisés ;
- Subventionner les vélos-taxis et faciliter les trajets partagés.
💡Adopter une réflexion transversale plus systémique et orientée « usages réels »
- Coordonner écoles + assos extrascolaires + gestionnaires d’équipements + services municipaux sport/enfance/vie associative/culture ;
- Mettre en place un observatoire local des usages, un recueil du ressenti des enfants et de leurs parents, et une évaluation des actions mises en œuvre ;
- Porter une politique affirmée autour des droits et du bien-être des enfants via une délégation dédiée aux droits des enfants dans l’exécutif municipal ;
- Mettre en œuvre les propositions issues de la Convention Citoyenne sur les temps de l’enfant (projet éducatif de territoire « nouvelle génération », plan mobilités jeunes, ouverture des établissements scolaires à de nouvelles activités, renfort du soutien à la parentalité…) ;
- Adhérer aux labels UNICEF « Ville amie des enfants » ou « Territoires d’enfance ».
Les villes et les intercommunalités sont en contact quotidien avec les habitants. Elles agissent directement sur le cadre de vie et peuvent influer sur les habitudes de mobilité.
Plaidoyers
À l’approche des élections municipales, de nombreux acteurs des mobilités actives, de la santé et de l’enfance portent des plaidoyers pour inscrire leurs propositions au cœur des futurs mandats.
Voici une liste non exhaustive des mesures et recommandations portées par d’autres associations:
L’UNICEF propose aussi un petit quiz pour évaluer l’attention portée à l’enfance dans les programmes des candidats.

